En Suisse, de nombreux jeunes sont en surpoids. Face à cet enjeu, une équipe valaisanne participe au développement d’une application proposant notamment des recommandations d’activité physique personnalisées.
TEXTE | Jade Albasini
En Suisse, selon l’Office fédéral de la santé publique, environ 15% des enfants âgés de 6 à 12 ans étaient en surpoids ou obèses en 2023. Plus récemment, en 2025, l’Unicef a alerté sur l’augmentation de l’obésité infantile à l’échelle internationale. Dans ce contexte, de nombreuses initiatives sont développées pour encourager les jeunes et les moins jeunes à intégrer davantage d’activités physiques dans leur vie quotidienne ou à modifier leurs habitudes alimentaires. Parmi elles, le projet européen ConnectCare, porté par le professeur Jean-Paul Calbimonte, de l’Institut d’informatique de la HES-SO Valais-Wallis – Haute École de Gestion – HEG.
Avec son équipe, il conceptualise une application – nommée à ce stade NutriFit – capable d’accompagner les adolescent·es concernés par des troubles liés à l’obésité. « Notre but, c’est de réaliser pour chaque jeune un dispositif personnalisé avec une interface attrayante, explique le chercheur. Dans un deuxième temps, nous pourrions l’ouvrir à toutes les personnes qui souffrent d’obésité. »
Aborder la réalité dans toute sa complexité
Contrairement à d’autres solutions numériques, ce concept ne se limite pas à un calcul de calories. « Nous souhaitons changer la manière de toucher les personnes », ajoute Jean-Paul Calbimonte, qui mentionne la quête d’une médecine plus humaine et personnalisée. L’application souhaite aborder la réalité dans toute sa complexité, avec une approche clinique, technique et sociale.
Car les causes de l’obésité sont multiples : prédispositions génétiques, nutrition, sédentarité, mais également stress psychosocial et statut socio-économique faible. Cette réalité touche en effet davantage les personnes confrontées à des inégalités sociales et culturelles. Et il s’agit de prendre cela en compte : « Les recommandations de diète traditionnelle ou de sport ne peuvent pas forcément être suivies par des populations marginalisées et pauvres. Ces personnes ne possèdent par exemple pas toujours les moyens financiers que ces mesures exigent. Il existe aussi des restrictions alimentaires, liées à différentes cultures. »
Les conseils de NutriFit s’adapteraient ainsi en temps réel au moyen de l’IA. Celle-ci apprendra les trajectoires détaillées de chaque patient·e et créera un profil en fonction de l’âge, des antécédents familiaux ou de la situation économique des foyers. En fonction des données récoltées, elle recommandera des activités physiques ou des menus adaptés à la vie quotidienne de chacun·e. Pour Jean-Paul Calbimonte, « le but ne consiste surtout pas à imposer ce que les gens ne font pas ou ne consomment pas du tout ».


En 2012, l’hôpital pédiatrique Children’s Healthcare à Atlanta aux États-Unis a lancé une campagne intitulée Strong4Life, visant à lutter contre l’obésité infantile. Elle utilisait des images d’enfants en surpoids accompagnées de slogans crus et directs tels que : « Avertissement : C’est dur d’être une petite fille si tu n’es pas [petite] ». Cette campagne a suscité de nombreuses critiques, ses détracteurs affirmant qu’elle stigmatisait les enfants. En réponse, la militante anti-grossophobie Marilyn Wann a lancé une campagne parallèle, utilisant la même ligne graphique et intitulée I stand. Elle y a invité les gens à envoyer des photos d’eux-mêmes accompagnées d’une déclaration sur ce qu’ils·elles « défendent ». La militante s’est mise en scène dans la première affiche, avec le slogan « Je m’oppose à ce qu’on fasse du mal aux enfants en surpoids ». | STRONG4LIFE CAMPAIGN CHILDREN’S HEALTHCARE OF ATLANTA
S’inspirer du travail d’un·e médecin généraliste
L’initiative ConnectCare s’appuie sur un consortium européen comprenant des hôpitaux espagnols et danois, des entreprises en Suède et en Roumanie, ainsi que l’Université de Cagliari en Italie. Chaque institution amène son expertise. L’équipe valaisanne travaille sur les algorithmes d’analyse et de recommandation.
Le projet, débuté en 2025, se trouve encore en phase de développement. « Nous avons des prototypes qui doivent être testés », précise Jean-Paul Calbimonte. Et cette étape est déterminante pour le professeur car, au-delà de la technologie, ce qui l’intéresse est la réaction de son public cible : comment les adolescent·es vont-ils·elles s’approprier cet outil ? La tonalité adoptée pour parler de santé sans jugement est-elle la bonne ?
Les réponses se construisent jour après jour, au moyen d’une démarche collective entre chercheur·euses, médecins, psychologues et spécialistes de l’IA. « Finalement, c’est comme s’inspirer du travail d’un·e généraliste qui connaît son patient·e et ses valeurs, mais sans le remplacer bien sûr ! L’IA est juste là pour épauler l’équipe médicale. »
Trois questions à Jennifer Masset
Pour cette professeure dans le domaine Sport, Mouvement et Santé à l’HESAV / Haute École de Santé Vaud – HES-SO, la vie universitaire représente un moment clé pour ancrer des habitudes moins sédentaires.

Vous êtes chargée du projet Campus en mouvement, qui souhaite précisément remettre du mouvement dans la journée des étudiant·es. Pourquoi encourager l’activité physique auprès de ce public-là ?
JM Nos enquêtes montrent une sédentarité importante chez nos étudiant·es. Ils·elles respectent souvent les recommandations en matière d’activité physique, mais restent assis·es six à huit heures par jour. Cette immobilité peut impacter le bien-être mental. Il est temps que les institutions sortent d’une logique d’offres ponctuelles et isolées. Il faut passer d’une approche centrée sur l’individu à une approche systémique. En partenariat avec la direction et le corps enseignant de l’HESAV, nous repensons l’organisation avec l’objectif de remettre du mouvement dans la journée d’étude. Et pour renforcer la motivation des étudiant·es, les comportements favorables à la santé doivent être valorisés, par exemple par l’obtention de crédits.
Concrètement, à quelles activités pensez-vous pour briser cette sédentarité ?
Sur le temps de cours, nous proposons par exemple aux enseignant·es d’intégrer des pauses actives. Sur le temps libre, des espaces pour bouger ensemble sur un mode gratuit, accessible et non compétitif. Cela permet de transformer le lunch, jugé trop long selon nos sondages, en moment qui ressource. D’autres idées d’activités informelles et sociales émergent de nos ateliers participatifs, comme la création d’un jardin.
En septembre 2026, le Campus Santé sera unifié sur un site à Chavannes-près-Renens. Quels seront les impacts sur votre programme ?
Le nouveau site offre un environnement particulièrement avantageux, avec des infrastructures qui faciliteront l’intégration du mouvement dans le quotidien. L’idée consiste à saisir ce moment clé de la vie universitaire pour ancrer durablement des habitudes de vie saines. Ce projet pilote souhaite développer un dispositif transférable à d’autres structures.

