Mesurer l’amplitude et la vitesse des mouvements chez les patient·es lombalgiques pour établir leur profil de mobilité vertébrale et proposer un traitement personnalisé : c’est l’objectif d’un projet mené par une équipe d’ingénieur·es et de physiothérapeutes.

TEXTE | Amal Safi

Collecter des données sur la lombalgie grâce à une application et à un moniteur d’activité physique attaché au poignet des patient·es : c’est la démarche qui sous-tend le projet DigiBack, dont l’objectif est d’identifier chez ces personnes les liens entre l’altération de leurs mouvements, l’intensité de leurs douleurs et certains facteurs psychosociaux. Lancé en 2023, il a été mené par une équipe composée d’ingénieur·es et de physiothéra­peutes issus de la Haute École d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud – HEIG-VD – HES-SO et de l’HESAV / Haute École de Santé Vaud – HES-SO. Ce groupe de scientifiques espère pouvoir en déduire une approche thérapeutique adaptée à chaque cas.

Pas une maladie, mais une douleur

La lombalgie n’est pas une maladie en soi, mais une douleur localisée entre le bas du dos et le haut des fesses, pouvant parfois irradier vers les jambes. Elle concerne une grande partie de la population suisse : près de huit personnes sur dix en souffriront au cours de leur vie. Et environ une personne sur deux consultera un·e professionnel·le de santé. Il s’agit d’un enjeu majeur de santé publique pour sa prévalence et son impact sur l’absence au travail.

Très fréquente et rarement liée à un pro­blème grave du dos, ses origines sont multi­ples : des prédispositions génétiques peuvent intervenir, mais le mode de vie joue un rôle central. La sédentarité, le stress, le diabète, l’obésité ou encore la consommation de tabac augmentent les risques. Contrairement aux idées reçues, les « faux mouvements », comme mal se pencher ou porter une charge trop lourde, n’en sont généralement pas la cause directe. Ils constitueraient plutôt la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Idem pour la variable ergonomique : qu’on soit assis quotidiennement sur une chaise face à un bureau ou qu’on œuvre sur un chantier, la nature physique du travail ne s’avérera pas décisive pour expliquer l’apparition d’une lombalgie.

Après les facteurs génétiques et le mode de vie, les déterminants sociaux de la santé représentent des causes essentielles de la lombalgie. Par exemple avoir un revenu plus faible avec un accès difficile à certains services de santé, à la nature ou une faible littératie en santé (capacité d’une personne à faire, au quotidien, des choix favorables à sa santé, ndlr). Enfin, les facteurs psychologiques et comportementaux, comme la peur de bouger, dite « kinésiophobie », ou les comportements d’évitement, se révèlent primordiaux dans sa chronicité, soit lorsque la lombalgie dure au-delà de trois mois.

Exploiter les capteurs des smartphones

« Lors d’un épisode de lombalgie, bouger de manière relâchée et pratiquer des exercices actifs permet de restaurer la tolérance au mouvement, de renforcer la musculature, d’améliorer l’endurance et de réapprendre au dos à fonctionner correctement », explique Guillaume Christe, professeur à l’HESAV, physiothérapeute et membre de l’équipe de DigiBack.

Laura Elena Raileanu, professeure à la HEIG-VD, explique la genèse du projet : « DigiBack est né d’un constat clinique. Les outils disponibles ne permettaient pas de caractériser de manière objective et en conditions de vie réelle le comportement moteur des patient·es lombalgiques. L’idée centrale a été d’exploiter les capteurs de mouvement déjà intégrés à tous les smartphones pour mesurer l’amplitude et la vitesse des mouvements de leur dos lors d’exercices précis qu’ils·elles devaient exécuter chez eux. » Les données collectées sont ensuite traitées par des algorithmes qui restituent un profil de mobilité vertébrale, directement exploitable pour la recherche clinique. À terme, soutenu par des partenaires industriels et intégré dans les pratiques hospitalières, cet outil pourrait transformer la prise en charge de la lombalgie en proposant un traitement personnalisé à chaque patient·e.

Mieux comprendre le mal de dos

Mieux comprendre le mal de dos est un site d’informations basé sur les connaissances actuelles. Il cible les croyances délétères au sein de la population en cas de douleurs dorsales.

https://www.infomaldedos.ch/